Chernobyl (2019)

Soft Power Plant

Le premier épisode est la chose la plus terrifiante qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps. Une menace sourde s’empare de la pellicule dès les premières secondes. Tellement terrifiant que l’appréhension de l’insoutenable commence à éclore, la crainte que Craig Mazin se cantonne au démonstratif et nous montre la même scène en boucle pendant 5 heures. Tu t’approches trop de la centrale = tu vas mourir par dissolution interne. Au suivant.

Pourtant, il est ardu de saquer le show tant il est solide, entier de bout en bout dans sa logique dénonciatrice et d’une sobriété exemplaire dans le même temps. « Chernobyl » est factuel, froid, terrestre, minéral. La série parviendrait même à personnifier une certaine « russitude », notamment par ses environnements réels, alors même qu’elle est filtrée par le prisme américain. Ils ont même choisi les acteurs qui vont avec, pas vraiment profilés comme des voitures de sport, pour faire honneur à la sobriété soviétique (sans doute…), et ils sont tous particulièrement justes et habités. Tout est donc parfaitement maîtrisé, mais malgré tout, consciemment ou pas, orienté. Il ne faut pas s’étonner que les russes grognent tant la série tape fort, avec raison ou pas, peu importe, sur les responsabilités de l’État et des appareils, même si elle n’oublie pas l’erreur humaine et qu’il est rigoureusement impossible que les russes parviennent à faire une série mieux tenue et plus objective.

Il est finalement primordial que cette histoire soit contée et vue par un maximum de monde. « Chernobyl » est en ce sens essentiel et met en image une peur cachée globale bien plus prégnante qu’il n’y parait, un effroi qui explique aussi et en partie une telle résonance avec le public.

Mais « Chernobyl » est malgré tout très américain dans sa manière d’identifier le bien, le mal et de les opposer dans la quête rédemptrice de la vérité contre le mensonge. Même si le scénario est très habile à ne pas être trop manichéen et si Greg Mazin répertorie les faits avec un maximum de soins, certains raccourcis se font jour, par exemple, le fait de synthétiser les dizaines de scientifiques qui ont soutenu Legasov en une seule personne, l’irréprochable Emily Watson.

La vérité sur la plus grande catastrophe engendrée par l’Homme (à ce jour) reste insondable et « Chernobyl » de se concentrer sur son nœud dramatique qui s’étale de tout son poids. Les subtils rapports humains de ses personnages secondaires, exposés petit à petit par une caméra appliquée, sont aussi étrangement succincts, comme si l’objectivité nécessaire au déroulé des faits les estompait alors que surplombe la charge envers « la manière russe ».

Débuter le show avec en tête le nom du réalisateur de « Scary Movie 2 » et « 3 », « Super Hero Movie » et autre « Cowboy Ninja Viking » aux commandes impose de suite une certaine prudence alors que « La bataille de Tchernobyl », référence absolue, aide aussi à tempérer les envolées sensorielles trop fictionnelles.

Malgré cela, la série se doit de faire sa démonstration et impose au spectateur le devoir de bien comprendre tous les enjeux de la catastrophe. L’atome est l’énergie la plus formidablement porteuse mais aussi la plus dangereuse jamais conçue par l’Homme, tout comme l’esprit brillant de Legasov n’empêche pas sa faillibilité.

Au final, Chernobyl est une série poids-lourd qu’il est difficile de réfuter mais je ne doute pas que certains esprits critiques y verront une simplification de l’Histoire trop démonstrative et moralisatrice, bien dissimulée derrière sa démarche scientifique et factuelle irréprochable et la sobriété de sa parfaite mise en scène.

14/06/2019

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