Pedicab Driver (群龍戲鳳) 1989


Quintessence.
4-75
Pedicab Driver, quintessence absolue du cinéma de Sammo Hung et d’une certaine idée du cinéma martial HK lorsqu’il était encore pondu seulement pour les Hongkongais, mélange tout ce que le petit gros bondissant affectionne avec une générosité radicale qui pousse le film vers sa référence absolue. Un film comme on en verra plus jamais certainement.

En apéritif, une première demi heure extrêmement chargée en action de haut vol propose une rixe monstrueuse entre clans de taxis à vélos adverses où déjà l’humour, par bribes mais poussé, dans la parodie notamment avec ce combat de néons en guise de sabres lasers, et la violence sadique poussent à espérer un spectacle hors norme. Dick Wei a ensuite l’honneur de déguster le premier la violence des bras droits du caïd cabotin par excellence (John Sham) qui se révèle ici démoniaque et mauvais comme jamais. Une poursuite impressionnante ensuite, voiture contre le taxi vélo de Sammo, se termine dans une salle de jeu où le combat le plus énooooorme de tout le kung fu HK va se dérouler : rien de moins que Liu Chia Liang contre Sammo. Dommage, c’est assez court et sans enjeu mais un combat qui si il mérite son statut culte rien que pour les deux plus grands chorégraphes qu’il met face à face est aussi d’un niveau technique et dynamique qui frise le nirvana martial. Que ce soit au bâton ou à mains nues, la maîtrise, le montage, la douleur chère à Sammo, l’humiliation physique, la violence des coups, l’efficacité et la célérité même de la scène n’ont que peu d’égal. Il faut dire que l’équipe de Pedicab Driver réunit toute la famille de Sammo au moment où ils se connaissent tous parfaitement et sont au sommet de la connaissance de leur travail.

Et les atouts de Sammo et son équipe ne s’arrêtent pas au combat comme en attestent ses perles tel le précédent Prodigal Son. Encore une fois, Sammo parvient à mélanger comme personne la comédie entre amis, la romance rose bonbon familère aux Hongkongais et un basculement dramatique et violent poussé à l’extrême limite de la cat IIB voir III. Le rythme s’en ressent évidemment mais rarement il nous aura offert une double romance aussi porteuse vers son final. Il reprend ici ses thèmes les plus forts, la vie de petites gens dans les conditions difficiles d’avant guerre, la force de la solidarité qui s’exerce même entre rivaux d’un même métier (les deux bandes de taxis se respectent au final), le monde des prostituées et des maquereaux qu’il avait déjà abordé non sans douleur dans son premier film Le moine d’acier, la cellule familiale avec l’oncle boulanger (Suen Yuet), personnage aussi rêveur qu’entier qui vise le statue de Sammo, plus héroïque que le sien, afin de séduire sa jeune employée telle une chimère ; illusion contrebalancée par la famille de Meng Hoi qui, s’il est le moins gâté physiquement, est aussi celui qui est le plus heureux avec sa femme et ses enfants, une stabilité familiale primordiale pour Sammo.

Une simple et mignonne double romance donc, triangle naïf entre le vieux boulanger, le gentil chef des taxis et la charmante boulangère d’un côté et le beau jeune homme et la femme secrète de l’autre qui semblera peut-être naïve et doucement mielleuse, mais qui pour tout amateur de la culture HK, s’avère beaucoup plus probante que dans tout autre actioner martial, en premier lieu parce que tout le monde sur ce tournage forme une famille très proche où l’ambiance d’amitié forte se ressent à l’écran, complétée par de nombreux caméos amicaux. Le couple Sammo / Nina se goupille parfaitement, récompense bien méritée pour le petit gros qui mérite plus facilement le bonheur amoureux pour une fois, tandis que le couple à priori modèle démarre idéalement pour bientôt affronter une fatalité sans équivoque. Max Mok, clairement son meilleur rôle, et Fennie Yuen y sont très crédibles et Sammo dirige son histoire avec une certaine finesse qui ne délaisse pas les seconds rôles, une mise en scène adéquate, épurée, avec de jolis décors de rues pavés et de vieilles maisons en pierre réalistes pour l’époque d’avant guerre traitée, sans oublier la clef de voûte de son style, le mélange du drame et de l’humour avec une alchimie unique. Qui peut se targuer en effet de garder autant d’humour au coeur des scènes les plus dramatiques soient-elles ? (La supercherie de Max et ses amis pour redonner espoir au couple est unique en son genre tout comme l’humour noir de Lam Ching Ying pour une fois impuissant ou de Meng Hoi en plein milieu du drame).

Dans le même temps forcément, l’action pure est absente du coeur du film, mais la finalité de cette double romance n’aura pas été vaine voir bouche trou, plus encore que dans les autres Sammo qui aime décidément cette recette. Même si l’effet peut sembler peu subtile, c’est cette force primaire qui fait justement toute la saveur du cinéma de HK en général et de Sammo en particulier. Ainsi, lorsque « Fatty » débarque dans la villa pour le final, au moment où Lau Chau Sang sort fumer sa petite clope tranquille, le kick absolument monstrueux qu’il se prend en pleine face sonne le départ d’un sublime parfum de vengeance brute. Un final jouissif donc, rempli de colère, où Billy Chow n’est pas le seul à offrir un énorme morceau. N’oublions pas l’ami Meng Hoi au sabre, Eddie Maher et sa gueule de playboy sadique, Chung Fat et le reste de la Hung Ga Ban (la troupe de cascadeurs chorégraphes de Sammo) qui, s’ils dégustent assez rapidement la rage du duo vengeur, offrent un niveau de cascades brutales tout simplement dantesque comme une extension toute personnelle du cinéma de Chang Cheh, encore relevé par un montage de référence qui touchera à l’ultime lors du corps à corps Sammo / Billy. J’aurais aimé voir moins de John Sham et plus de Chung Fat sous exploité vu sa première apparition contre Dick Wei qui le présentait comme le deuxième plus furieux avec Billy mais non. Les combats sont malheureusement assez courts et au nombre de 4 en tout (2 au début, 2 à la fin), mais tellement furieux. J’irais jusqu’à dire que les combats de Pedicab driver atteignent un à un le niveau du final de Dragons forever, technique mise à part. Il faut ajouter la superbement testostéronée sonorisation des coups et une musique de Lowell Lo qui, pour une fois, propose du traditionnel pas trop culcul et des nappes de tension qui sortent vraiment du lot. D’ailleurs, Lowell Lo remportera le prix de la meilleure musique originale au 9ème HK Film Awards pour son thème principal : « Pang Jeuk Oi », littéralement « Relying on Love ».

Une merveille. Vivement une édition ultime.

http://www.cinemasie.com/fr/fiche/oeuvre/pedicabdriver/critiques.html

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